Lire en anglais : faut-il chercher chaque mot ? Les règles de ceux qui lisent vraiment
Beaucoup de francophones ont un niveau d'anglais tout à fait correct, mais n'arrivent pas à aller au bout d'un livre. Le blocage vient rarement de la grammaire. Ce qui épuise, c'est le dictionnaire : il y a des mots inconnus à chaque page, et à chaque fois il faut s'interrompre, chercher la définition, puis retrouver sa ligne. Au bout de deux chapitres, on referme le livre.
Tous ceux qui se lancent finissent donc par se poser la même question : faut-il chercher chaque mot ? Les lecteurs qui ont partagé leur expérience répondent avec des règles très concrètes et quelques chiffres.
Combien de mots inconnus par page
On lit confortablement quand on connaît environ 98 % des mots d'une page (Hu et Nation, 2000). Sur une page de 300 mots, cela représente six ou sept mots inconnus, ce qui est assez peu pour les deviner grâce au contexte. En dessous d'environ 95 % (Laufer, 1989), soit un mot inconnu sur vingt, on ne lit plus vraiment : on déchiffre.
Voici à quoi ressemble la lecture d'un livre trop difficile, d'après ceux qui en ont fait l'expérience :
- Une personne a dû chercher huit cents mots dans un seul chapitre de Harry Potter.
- Une autre, avec un bagage de 2 500 mots, avançait au rythme de deux paragraphes par heure dans le premier chapitre de ce même livre, passant son temps à vérifier des mots qu'elle pensait pourtant connaître. Le commentaire le plus apprécié sous son témoignage résumait bien la situation : avoir autant de mots soulignés sur une page montre que le livre est trop difficile pour votre niveau et qu'il vaut mieux commencer par la littérature jeunesse ; pour aborder Harry Potter, comptez au moins 8 000 mots de vocabulaire.
- Une lectrice de romans en anglais a mesuré sa progression : dix pages par heure au début, puis un rythme plus soutenu après une semaine, jusqu'à atteindre cinquante pages en un peu plus de trois heures. Dans les commentaires, quelqu'un qui cherchait systématiquement chaque mot inconnu expliquait plafonner à cinq pages en trois heures.
Un compte spécialisé dans les conseils de lecture propose un repère similaire : dès qu'on comprend environ 90 % du texte, on arrive globalement à deviner le reste.
Ni tout chercher, ni rien chercher
Les deux extrêmes mènent à une impasse. Une même personne a d'ailleurs testé les deux approches l'une après l'autre avant de réussir à terminer son premier roman en anglais, If Tomorrow Comes de Sidney Sheldon, en 15 jours.
- Ne rien chercher : la lecture est rapide, mais quand un même mot réapparaît plus loin, son sens reste toujours obscur. Après plusieurs chapitres, son vocabulaire n'avait pratiquement pas évolué.
- Tout chercher au fil de l'eau : cela casse le rythme, oblige à prendre son téléphone toutes les deux minutes, et on oublie la définition sitôt la lecture reprise. Recopier les mots et leurs phrases d'exemple chaque soir tournait à la corvée, et le livre avançait à une allure d'escargot, sans aucun plaisir.
Une autre lectrice, habituée aux romans sentimentaux en anglais sans jamais ouvrir de dictionnaire, suivait bien l'intrigue mais voyait que son niveau d'anglais stagnait. Elle a fini par en conclure qu'il fallait reprendre un vrai travail sur le vocabulaire.
Les règles concrètes
Voici les méthodes que des lecteurs disent appliquer au quotidien, telles qu'ils les racontent.
- Lire, puis étudier, puis revoir. C'est la méthode retenue par la personne qui a fini son roman en 15 jours. Pendant la lecture, on trace un trait léger sous le mot, on essaie d'en deviner le sens et on poursuit jusqu'à la fin du chapitre. Le soir, on y consacre entre une demi-heure et une heure : on sélectionne cinq à dix mots utiles (parce qu'ils reviennent souvent, qu'ils comptent pour l'histoire ou simplement parce qu'on les aime bien), on cherche leur définition et des exemples, on les recopie avec la phrase du livre, puis on rédige sa propre phrase. Ensuite, on les révise le lendemain, puis au bout de trois jours, d'une semaine et de deux semaines. Son principe est simple : quand on lit, on ne fait que lire ; quand on étudie, on le fait à fond.
- Chercher uniquement le mot récurrent qu'on n'arrive pas à deviner. On laisse de côté les mots dont le sens se déduit tout seul ainsi que les termes rares. Une personne qui appliquait cette règle a changé de méthode ces six derniers mois : elle ne vérifie plus rien pendant qu'elle lit, se contente de marquer les passages difficiles et demande chaque jour à une IA de les lui expliquer. Lire sans s'interrompre reste bien plus plaisant, et parcourir les explications après coup ne demande presque aucun effort.
- Deviner aujourd'hui, chercher demain. Munie d'un livre papier et d'un surligneur, une lectrice ne marque que les mots qui bloquent vraiment la compréhension. Le lendemain, avant de se replonger dans son livre, elle cherche les mots surlignés la veille et note leur traduction juste au-dessus. Elle n'essaie pas de les mémoriser par cœur : s'entraîner à viser juste grâce au contexte lui suffit.
- Trier selon la nature du mot. Le même compte de conseils de lecture suggère de ne pas chercher les mots un par un, mais de procéder par étapes : on repère ce qui n'empêche pas de suivre l'histoire et on fait une recherche groupée à la fin d'une section, souvent après plusieurs pages. Sa règle consiste à toujours marquer les verbes, à essayer de deviner les adjectifs et les adverbes, et à remplacer mentalement les noms inconnus par « quelque chose ».
- Un post-it pour les vraies énigmes. Une lectrice colle un petit post-it sur sa page et n'y inscrit que les mots totalement opaques ou qui piquent sa curiosité, en alternant passages lus de près et mots laissés de côté. Sans ce compromis, explique-t-elle, aller au bout d'un gros volume devient vite épuisant.
- Une photo pour les pages trop denses. Une autre évite le mot à mot et se fie au contexte. Ce n'est que lorsqu'une page concentre trop de vocabulaire inconnu et de longues phrases qu'elle la prend en photo pour la traduire, avant de la relire en l'annotant, ce qui double son temps de lecture. Un commentaire très soutenu estimait que photographier la page entière était excessif ; un autre faisait remarquer qu'il suffit souvent de lire quelques phrases de plus pour que le sens s'éclaire.
Les mots que vous croyez connaître
Les mots les plus trompeurs sont souvent ceux qu'on pense déjà maîtriser. En lisant un roman en anglais, une personne a dressé la liste de ces termes courants dont le sens appris à l'école ne fonctionnait pas dans le texte : observe et relate signifiaient « dire » ou « raconter » plutôt qu'« observer » ou « être lié » ; gather voulait dire « déduire » ; elaborate était employé comme verbe au sens d'« entrer dans les détails » ; fashion voulait dire « manière » ; et establishment désignait un hôtel. Sa méthode : dès que le sens habituel cloche, il faut formuler une hypothèse d'après le contexte, puis vérifier une fois la lecture terminée.
Pour les francophones, ce piège porte un nom bien connu : les faux amis. Actually signifie « en fait » et non « actuellement », eventually veut dire « finalement » et non « éventuellement », tandis que library désigne une « bibliothèque » et non une « librairie ». Lorsqu'un mot anglais ressemble d'un peu trop près au français, c'est généralement de lui qu'il faut se méfier.
Sous la publication consacrée à ces sens déroutants, le commentaire le plus populaire faisait valoir que les mots les plus courants possèdent souvent des dizaines d'acceptions et qu'il est impossible d'être sûr de soi en se contentant de deviner. L'auteur du billet a répondu qu'il vaut mieux noter, pour chaque terme, le sens précis qu'il prend sur cette page-là, plutôt que d'y coller mécaniquement la traduction issue d'une liste de vocabulaire.
Le camp du dictionnaire
L'approche opposée a elle aussi ses partisans, avec des arguments solides. Sous une publication qui recommandait de limiter les recherches, un commentaire très apprécié défendait l'idée inverse : il faut chercher les mots, car un terme qu'on vient de vérifier réapparaît bien souvent quelques pages plus loin. Son auteur, qui lit et écoute entre dix et quatorze livres par mois, continue d'utiliser le dictionnaire même lorsqu'il comprend 99 % du texte. Une autre personne, dont l'anglais n'est pas la langue maternelle, raconte avoir acquis près de 70 % de son vocabulaire actuel à l'université en rédigeant à la main son propre carnet de définitions. Certains recommandent par ailleurs d'utiliser un dictionnaire monolingue anglais-anglais, tout en glissant un avertissement : quand on débute, la définition elle-même contient souvent d'autres mots qu'il faut aller chercher.
Au fond, les deux camps s'accordent sur l'essentiel. Sur papier, chercher un mot prend une minute et brise le fil du récit. Mais lorsque la vérification ne demande qu'un geste et affiche directement le sens voulu dans la phrase, consulter le dictionnaire cesse d'être un obstacle.
Là où Solaread aide
Solaread prend en charge une partie de ce tri pour vous. Un test de vocabulaire d'environ deux minutes permet d'estimer quels mots ont des chances de vous être inconnus, et une brève traduction en français s'affiche alors juste après eux, entre parenthèses, sur la même ligne. Les mots que vous connaissez déjà restent tels quels. Si vous double-cliquez sur un autre terme, sa traduction apparaît ; si vous l'ajoutez à votre vocabulaire, il reste rattaché à la phrase du livre dont il est tiré. Au fil de vos lectures, les traductions affichées se font de plus en plus rares.
Questions fréquentes
Combien de mots inconnus par page peut-on accepter en anglais ?
Sur une page de 300 mots, six ou sept mots inconnus peuvent se deviner ; au-delà d'une quinzaine, mieux vaut choisir un livre plus accessible.
Faut-il chercher tous les mots quand on lit en anglais ?
Non : contentez-vous de les marquer, ne vérifiez que ceux qui reviennent souvent ou qui bloquent la compréhension de l'histoire, puis étudiez-en cinq à dix une fois votre séance de lecture terminée.
Comment lire en anglais sans dictionnaire ?
Choisissez un livre dont vous comprenez déjà entre 90 et 98 % du vocabulaire et appuyez-vous sur le contexte pour déduire le reste.